Les Enfants indociles, tome 2 : De brindilles et d'os

30 juin 2022

 


Les jumelles Jack et Jill avaient dix-sept ans lorsqu’elles sont rentrées chez leurs parents. Puis elles ont été envoyées au foyer pour enfants indociles d’Eleanor West. Comment en sont-elles arrivées là ?

Jacqueline était la fille parfaite de sa mère, polie et calme, toujours habillée en princesse. Si son éducation était parfois un peu stricte, c’est que la formation d’une demoiselle idéale demande de la discipline. Jillian était la fille parfaite de son père, aventureuse, avide de sensations fortes et un peu garçon manqué. Il aurait préféré un fils, mais on fait avec ce que l’on a.

Pourtant, c’est ensemble, à cinq ans, qu’elles ont appris que l’on ne pouvait pas faire confiance aux adultes et, à douze ans, qu’elles ont descendu main dans la main l’impossible escalier...



Les enfants indociles, tome 2 : De brindilles et d'os de Seanan McGuire
Titre original : Down Among the Sticks and Bones - Traduit par Benjamin Kuntzer
Éditions Pygmalion, 2022 - 209 pages - 19,90€

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Ma lecture du premier tome, Les portes perdues, remonte à septembre 2021. L'univers m'avait bien plu, tout comme l'intrigue et les personnages. Les tomes suivants semblent se consacrer aux autres "enfants perdu•e•s" que Nancy a rencontré•e•s à l'école d'Eleanor West. Ainsi, ce deuxième tome met en avant l'histoire des jumelles Jack et Jill.

Serena et Chester Wolcott se décident à avoir des enfants... parfaits, bien sûr. Manque de chance, ce sont deux filles qui voient le jour ; la jolie Jacqueline et Jilllian le garçon manqué, ainsi en décident-iels ! Bonjour l'éducation désastreuse... À douze ans, les filles trouvent un passage vers un endroit étrange. Rencontres dangereuses et épreuves vont bien vite mettre à mal le peu de complicité qui a pu se créer entre elles depuis leur naissance.

"Certaines aventures commencent facilement. Après tout, cela n'a rien de difficile d'être aspiré par une tornade ou précipité au travers d'un miroir particulièrement poreux ; aucun talent particulier n'est nécessaire pour être balayé par une vague géante ou attiré dans un terrier de lapin. Certaines aventures ne requièrent rien de plus qu'un cœur vaillant et la capacité à enjamber les fissures de ce monde. 
D'autres aventures impliquent un véritable engagement avant même d'avoir débuté. Sinon, comment faire le tri entre les méritants et les autres, si les personnes susceptibles de fournir des efforts n'en font pas la démonstration ? Certaines aventures sont cruelles, mais c'est juste leur façon d'être gentilles."

Grâce aux personnages de cette saga (pas seulement Jack et Jill), Seanan McGuire met un bon coup de pied aux stéréotypes et aux préjugés sur le genre et l'orientation sexuelle. Le faire dans un tel cadre ; un univers fantasy ; est plutôt cool ! Ça ne constitue pas forcément le sujet principal, mais c'est très bien intégré au reste de l'intrigue. 

Si je vous conseille tout de même de lire les tomes dans l'ordre, il n'est pas obligatoire d'avoir lu le premier pour comprendre celui-ci. Pour ma part, j'aime beaucoup le fait d'avoir eu pas mal de personnages dans le premier tome et de pouvoir, tout à la fois, en découvrir plus sur leurs histoires personnelles et continuer d'explorer l'univers, grâce aux tomes suivants. D'ailleurs, si j'ai bien compris, le cinquième tome est à nouveau sur les jumelles - Jack, en tout cas. Plus qu'à attendre que tout cela soit traduit ! En VO, le septième tome est sorti en début d'année.

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En revanche, si la référence à Stephen King, à la page 31, correspond à Shining, elle est fausse (si mes souvenirs sont bons). Dans le livre, l'auteur ne parle pas de jumelles. Elles sont seulement dans l'adaptation de Kubrick.


En quelques mots...
Éducation | Jumelles | Porte magique | Aventure | Enfants perdu•e•s | Quête de soi


Avertissement (Trigger Warning) :
Je vous laisse surligner ci-dessous, si vous le voulez.
Cela peut divulguer une partie de l'intrigue.
cadavre - sang

❤ 💔
Est-ce que je recommande ?
Oui. On continue d'explorer l'univers, tout en connaissant davantage l'histoire des personnages.

Le dernier témoin d'Oradour-sur-Glane

28 juin 2022

Le 10 juin 1944, lorsqu’une unité de la Waffen SS investit Oradour-sur-Glane, Robert Hébras a l’insouciance d’un jeune homme loin de la guerre, tout à son match de foot du lendemain. L’histoire en décidera autrement. En ce sombre samedi, dans le paisible village de Haute-Vienne, les soldats allemands vont commettre le plus grand massacre de civils de la Seconde Guerre mondiale : 643 morts dont plus de 450 femmes et enfants. Seule une poignée de personnes réchapperont de cet enfer, dont Robert Hébras.

Près de 80 ans après les faits, le drame résonne toujours en lui. Dans les ruines du village, il emmène Agathe, sa petite-fille, dès son plus jeune âge, et lui raconte Oradour. Sa jeunesse, sa mère et ses sœurs perdues dans l’église, et cette journée tragique dans chaque détail mais dont le récit est nécessaire à la sauvegarde de la mémoire.

Agathe s’imprègne de chaque mot, de chaque anecdote. Sous l’œil bienveillant de Robert naît peu à peu en elle une évidence, comme un besoin : devenir la gardienne de l’histoire de son grand-père et de celle du village martyr. Pour transmettre, inlassablement, ce témoignage aux générations futures, et ne jamais oublier.

Le dernier témoin d'Oradour-sur-Glane de Mélissa Boufigi, Robert Hébras & Agathe Hébras
Éditions HarperCollins, 2022 - 174 pages - 18€

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Merci aux Éditions HarperCollins pour cette lecture.

"Le vieil homme guide Agathe dans chaque recoin de son enfance, même ceux qui paraissent les plus insignifiants. La jeune femme l'écoute avec attention, le relance sans cesse, l'amenant à plonger toujours plus avant dans ses souvenirs, suscitant de nombreuses réminiscences. 
Malgré la foule, face à la maison dans laquelle Robert a grandi, Agathe et lui sont seuls au monde. Un grand-père et sa petite-fille, qui partagent un pan de la grande Histoire et, en même temps, un pan de leur propre histoire familiale."

Un récit chargé en émotions. Un témoignage, une biographie à la troisième personne, pour nous raconter ce que Robert Hébras a vécu. Les frissons nous quittent rarement durant cette lecture. Principalement dans le passé, via les souvenirs de Robert, il y a aussi quelques passages en 2021, des moments entre lui et sa petite-fille Agathe. 

"A bientôt 96 ans, et bien qu'il n'ait jamais cessé de raconter son histoire, Robert cherche toujours à comprendre comment il a pu survivre à cet enfer."

Des souvenirs joyeux de son enfance à Oradour-sur-Glane, durant l'entre-deux-guerres, entouré de sa famille et de ses amis... La guerre qui éclate, alors qu'il n'a pas encore quinze ans... La vie sous l'Occupation. Les SS et le massacre. L'horreur... L'après-guerre et la reconstruction. Pas celle d'Oradour-sur-Glane, désormais lieu de mémoire, mais celle de Robert et des quelques survivant•e•s du village. Lui qui a échappé de très peu à la mort, mais a dû faire face à celle de bon nombre de gens qu'il a connus, avec qui il a grandi. Des procès ont suivi, puis le devoir de mémoire s'est fait sentir. Une transmission importante, pour essayer de trouver la paix, sans jamais oublier.

"Le 10 juin 1944, les SS ont massacré 643 personnes à Oradour-sur-Glane. Des femmes, des enfants, des vieillards et des hommes. La liste des drames intimes qui en découlent est interminable. Des familles entières sont décimées et, dans certains hameaux, on n'entendra plus avant longtemps résonner le rire d'un enfant."

À l'image de la transmission de Robert à Agathe, il est important de continuer à mettre en avant ces témoignages et ce genre d'ouvrage. J'ai beau avoir lu plus d'une fois sur cette période de l'Histoire, je n'ai pas souvenir d'en avoir appris autant sur ce jour-là, ce 10 juin. Alors, à mon échelle, je suis contente de pouvoir faire connaître ce livre.


En quelques mots...
Témoignage | 10 juin 1944 | Massacre d'Oradour-sur-Glane | Devoir de mémoire

Avertissement (Trigger Warning) :
au vu de la période historique :
guerre et crime de guerre - arme à feu - exécution

❤ 💔
Est-ce que je recommande ?
Bien sûr. Un "récit de vie" touchant, une transmission importante.
"Pour que le souvenir personnel des survivants se mue en mémoire universelle."

Beignets de tomates vertes

26 juin 2022



Dans le sud profond des États-Unis, en Alabama, un café, le Whistle Stop, au bord d’une voie ferrée...

Nous sommes dans les années 1980. Ninny, fringante octogénaire, se souvient des incroyables histoires de la petite ville où elle vit toujours et les raconte à Evelyn, une femme au foyer à l’existence monotone, qui vient lui tenir compagnie. Grâce à l’adorable vieille dame et à ses récits chaleureux et enlevés, Evelyn, qui vit très mal l’approche de la cinquantaine, va peu à peu s’affirmer et reprendre goût à la vie.

Beignets de tomates vertes de Fannie Flagg
Titre original : Fried Green Tomatoes at the Whistle Stop Cafe
Traduit par Philippe Rouard
Éditions J'ai Lu, 2022 - 475 pages - 8,60€

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Sorti en 1987, Beignets de tomates vertes est un roman culte, tout comme l'est son adaptation ciné avec Kathy Bates. Si j'ai déjà lu plusieurs autres romans de Fannie Flagg, c'est bien celui-ci qui me tentait le plus. 

Beignets de tomates vertes est un roman qui ne manque pas d'émotions, un de ceux qui font passer du rire aux larmes. Venant de Fannie Flagg, ça ne m'étonne pas. La famille, l'amour, le temps qui passe, la vieillesse. Les joies, les peines, les décès, les mariages et les naissances. En plus de m'avoir touché, ça m'a donné faim, à force de parler des beignets de tomates vertes - la recette est présente à la fin du livre ! Le seul reproche que j'aurai à faire est l'absence d'arbre généalogique ou de récap des personnages - il y en a beaucoup et j'ai parfois été perdue. 

"A quarante-huit ans, Evelyn avait le sentiment de s'être perdue quelque part en route. Tout avait changé si vite. Pendant qu'elle élevait les deux enfants requis - « un garçon pour lui, une fille pour moi » -, le monde était devenu un lieu qui lui était totalement étranger." - 1986

Le récit fait des va-et-vient, pas toujours linéaires, dans le temps (du début des années 20 à la fin des années 80), à travers des flash-back et des souvenirs. Des flash back qui nous place souvent à Whistle Stop avec les membres de la famille Threadgoode et au café d'Idgie et Ruth. Et les souvenirs de Virginia, dit Ninny, désormais en maison de retraite, qui raconte sa jeunesse à Evelyn Couch - bientôt cinquante ans, qui se pose des questions sur sa vie.

La volubile Ninny est ravie d'avoir une oreille attentive à qui confier son histoire. Des souvenirs tendres de la famille qui l'a accueilli enfant ; les Threadgoode. Comme Evelyn, nous écoutons, sommes parfois surpris•es d'un nom que Ninny finit par lier aux autres, passons d'un moment de vie à un autre - avec, en fond, l'Histoire avec un grand H.

"[...] on ne peut pas longtemps s'attrister sur son propre sort, sinon c'est comme un cancer, sauf que ce n'est pas votre foie ou vos poumons qui pourrissent, mais votre âme." - Ninny, en 1986

En 2020, l'autrice a sorti une suite, désormais dans ma wish list ; Retour à Whistle Stop.


En quelques mots...
Alabama | Whistle Stop | Birmingham | Des années 20 aux années 80 | Café | Maison de retraite


Avertissement (Trigger Warning) :
Je vous laisse surligner ci-dessous, si vous le voulez.
Cela peut divulguer une partie de l'intrigue.
propos raciste et ségrégation - accident train et amputation - évocation de violence et viol conjugal•e

❤ 💔
Est-ce que je recommande ?
Bien sûr. Un très bon roman de l'autrice - avec un peu d'humour et beaucoup d'amour et d'entraide. 

Quatre sœurs, tome 4 : Geneviève - version BD

24 juin 2022

 Risque de spoiler, si vous n'avez pas lu les tomes précédents.

Dans ce quatrième et dernier tome, tous les cœurs battent la chamade au rythme d'un été plutôt mouvementé ! Geneviève vend des glaces sur la plage, et fond pour Vigo, le beau ténébreux aux manières très singulières. Hortense et Enid jouent à Robinson sous les toits de Paris. Quant à Bettina, partie camper en compagnie de Denise et de Béthotéguy chez une cousine invisible, elle essaie d'oublier Merlin... Charlie, elle, ne sait absolument plus où son cœur se pose...

Quatre sœurs, tome  4 : Geneviève
de Malika Ferdjoukh & Cati Baur
Éditions Rue de Sèvres, 2018 - 160 pages - 15€

Fait partie de la saga Quatre sœurs (BD) :

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Qui dit été, dit lecture du quatrième tome de la version BD de Quatre sœurs. Il est temps de passer un moment avec Geneviève, même si nous ne mettons pas les autres totalement de côté. Parents fantômes, prénoms originaux, amoureux en veux-tu en voilà... Qu'il est bon de retrouver les sœurs Verdelaine !




L'attentionnée et boxeuse Geneviève vend des glaces sur la plage durant l'été et croise la route de Vigo, qui lui fait tourner la tête. Pendant ce temps-là, certaines de ses sœurs partent en vadrouille... et se débrouille, se dépatouille - avec ami•e•s et famille. Quatre sœurs, c'est chaleureux et agréable, c'est bienveillant, même lors des passages plus sérieux et difficiles. Et le final est à cette image - plein d'amour et de joie, avec une Vill'Hervé bien remplie et de beaux projets pour l'avenir. Ça m'a donné envie de relire l'intégrale (version roman) !

En quelques mots...
Été | Vacances | Sœurs | Amour et amitié | Avenir


❤ 💔
Est-ce que je recommande ?
Oui. Une belle adaptation des romans de Malika Ferdjoukh.

Blackwater, tome 1 : La Crue

22 juin 2022

Alors que les flots sombres et menaçants de la rivière submergent Perdido, une petite ville du sud de l’Alabama, les Caskey, une riche famille de propriétaires, doivent faire face aux innombrables dégâts provoqués par la crue.

Mené par Mary-Love, la puissante matriarche, et par Oscar, son fils dévoué, le clan s’apprête à se relever. Mais c’est compter sans l'apparition, aussi soudaine que mystérieuse, d'Elinor Dammert, jeune femme séduisante au passé trouble, dont le seul dessein semble être de s'immiscer au coeur de la famille Caskey.

Blackwater, tome 1 : La Crue de Michael McDowell
Titre original : Blackwater : The Flood
Traduit par Yoko Lacour & Hélène Charrier
Illustration de couverture par Pedro Oyarbide
Éditions Monsieur Toussaint Louverture, 2022 - 260 pages - 8,40€

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Un pied dans la littérature, un autre dans le cinéma, le nom de Michael McDowell ne vous dit peut-être rien, mais nous lui devons le culte Beetlejuice et des collaborations avec Stephen King, par exemple ! Monsieur Toussaint Louverture a décidé de traduire et publier sa saga Blackwater - avec un magnifique travail pour les couvertures

"Les deux hommes gardaient le silence, médusés par le tableau irréel qu'offrait la ville - où ils étaient nés et avaient grandi - noyée sous plus de cinq mètres d'eau fétide. Depuis la première Pâques à Jérusalem, nul soleil ne s'était levé sur un spectacle aussi désolant, ni n'avait suscité autant de désespoir dans le cœur des témoins de cette aube naissante."

L'histoire commence lors de l'inondation de 1919 à Perdido. Les grandes familles, riches et blanches, ainsi que leurs domestiques, noir•e•s, reviennent chez elleux après la décrue. James Caskey décide d'héberger Elinor Dammert, étrangère à la ville et retrouver mystérieusement indemne. La jeune femme rousse va, pour un temps, déchaîner les commérages et les questions, et sa présence va amener plus d'un changement dans la famille Caskey. 

Lire des sagas familiales sur plusieurs décennies et générations me plaît toujours, ajoutez-y une ville à l'atmosphère particulière et une touche d'horreur/de surnaturel et je ne peux évidemment pas passer à côté. Affaire de famille, relation, entente et mésentente, ce premier tome se révèle entraînant, malgré son rythme plutôt calme. Nous sommes dans l'attente de ce qui va advenir et la sensation est plaisante. C'est un premier aperçu de la ville et de ses habitant•e•s - dévoilant des personnages, féminins notamment, intéressants. Si je réserve mon jugement quand j'aurai davantage avancé dans la saga, j'espère que Bray (qui travaille pour les Caskey) sera davantage présent.

Vu la fin de ce tome, j'aurais bien enchaîné avec la suite (qui est dans ma PAL), mais j'avais aussi envie de prendre le temps de découvrir cette saga comme l'auteur le souhaitait. Chose que la ME a respectée en publiant les six tomes de manière épisodique (d'avril à juin), comme lorsque les livres sont sortis dans les années 80 en version originale.




En quelques mots...
Alabama | Perdido | 1919 | Inondation | Famille Caskey


Avertissement (Trigger Warning) :
Je vous laisse surligner ci-dessous, si vous le voulez.
Cela peut divulguer une partie de l'intrigue.
noyade - maltraitance - mort violente

❤ 💔
Est-ce que je recommande ?
Oui. Le côté "saga familiale" est mis en place, avec un brin de fantastique (pas d'horreur pour le moment).