Le portrait de Dorian Gray

25 janv. 2021

 

Dorian Gray est un jeune homme d'une très grande beauté. Son ami artiste peintre Basil Hallward est obsédé par cette dernière et en tire toute son inspiration. Sa fascination pour le jeune homme le mène à faire son portrait, qui se révèle être la plus belle œuvre qu'il ait jamais peinte, et qu'il ne souhaite pas exposer : « J'y ai mis trop de moi-même ». Dorian va faire la connaissance de Lord Henry, dit Harry, un ami de Basil. Conscient de la fascination et de la perversion que ce dernier pourrait avoir pour son idéal de beauté, « cette nature simple et belle », Basil demande à Lord Henry de ne pas tenter de le corrompre. Mais Dorian se laisse séduire par les théories sur la jeunesse et le plaisir de ce nouvel ami qui le révèle à lui-même en le flattant : « Un nouvel hédonisme […] Vous pourriez en être le symbole visible. Avec votre personnalité, il n'y a rien que vous ne puissiez faire ». Va naître dès lors en lui une profonde jalousie à l'égard de son propre portrait peint par Basil Hallward. Il souhaite que le tableau vieillisse à sa place pour que lui, Dorian Gray, garde toujours sa beauté d'adolescent. « Si le tableau pouvait changer tandis que je resterais ce que je suis ! ».

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Le portrait de Dorian Gray d'Oscar Wilde
Titre original : The Picture of Dorian Gray
Éditions Bibebook - lu en eBook


: Des longueurs, peu après la moitié.

 : Un classique mêlant drame et fantastique.
Un personnage principal d'abord naïf, puis égoïste, insolent, etc.
Suivre et comprendre l'influence de chacun.e.

"C'est le spectateur, et non la vie, que l'Art reflète réellement."
Dans l'optique de lire davantage de classique, j'ai choisi Le portrait de Dorian Gray, car Tibert Éditions va bientôt lancer sa campagne Ulule pour une (superbe, je n'en doute pas) version illustrée par Livia Caruso. Si je craque les yeux fermés pour les Jane Austen et sœurs Brontë, là, il me fallait lire ce classique d'Oscar Wilde avant, afin de savoir si j'allais aimer et si cela valait le coût de me faire un petit plaisir avec une belle édition. 

De ce classique, je n'avais en tête que l'idée d'un personnage torturé par le temps qui passe et sa beauté, ainsi que des images de l'adaptation avec Ben Barnes dans le rôle titre. Bref, il me manquait beaucoup de détails !

Le peintre, Basil Hallward, présente (un peu contraint) son modèle - le jeune et beau Dorian Gray - à son ami Lord Henry Wotton. Les phrases alambiquées de ce dernier, qui se plaît de la main mise qu'il a sur le jeune et influençable Dorian Gray, n'en font pas un personnage attachant - sans parler de ses propos douteux sur les femmes... Oui, il essaierait d'être à Dorian Gray, ce que, sans le savoir, l'adolescent était au peintre qui avait tracé son splendide portrait. Il essaierait de le dominer, il l'avait même déjà fait. Il ferait sien cet être merveilleux. Il y avait quelque chose de fascinant dans ce fils de l'Amour et de la Mort. D'une manière générale, peu sont attachants en fait... Dorian au début, Basil parfois. Mais là n'est pas le plus grand intérêt de l'histoire.
"Dans le peu de lumière traversant les rideaux de soie crème, la face lui parut changée... L'expression semblait différente. On eût dit qu'il y avait comme une touche de cruauté dans la bouche... C'était vraiment étrange !"
Le portrait fait par Basile et les grandes théories de Lord Henry ont une grande influence sur Dorian, que nous voyons changer au fil des années. Un temps jeune et naïf, il devient amoureux et passionné, puis insensible, égoïste, (parfois) torturé par ses vices, etc. Son rapport à lui-même et à ce que dégage son portrait - de ses sentiments et choix de vie - sont au cœur du récit. Un classique qui nous parle d'art, de beauté et de jeunesse. Un drame qui nous fait suivre la déchéance d'un jeune homme qui avait tout aux yeux des autres.

Au final, ce classique du XIXe siècle m'a plu. J'aurais aimé l'étudier, le décortiquer, en cours - avec mon prof de français du lycée, ça aurait été top. Beaucoup d'analyses et de questions sur le monde et les gens, à prendre à l'aune de nos propres ressentis et vécus. Cependant, je ne craquerai probablement pas sur la version illustrée de chez Tibert Éditions... Quelques longueurs sont venues m'embêter, malgré une bonne découverte évidente. Par certains côtés, j'y ai retrouvé un quelque chose de classiques tels que Les Liaisons dangereuses et L'étrange cas du Dr. Jekyll et de M. Hyde - l'influence des un.e.s sur les autres, le bien et le mal, etc.


En quelques mots...
XIXe siècle | Londres | Beauté | Jeunesse | Âme | Tableau


Illustration par Livia Caruso - Tibert Éditions
La campagne Ulule commence le 28 janvier.

Loveday & Ryder, tome 3 : Meurtre en coulisse

22 janv. 2021

 

Risque de spoiler, si vous n'avez pas lu les tomes précédents.

1960. Alors que la ville d’Oxford se prépare pour le premier concours de beauté Miss Miel au Old Swan Theatre, une des principales candidates est retrouvée morte. Un suicide, ou l’élimination d’une concurrente gênante ? Dans cette atmosphère de compétition féroce, la liste des suspects est interminable. Pour mener l’enquête, pas le choix : il faut se fondre dans la masse. Et quand, à son grand embarras, la jeune policière Trudy Loveday se retrouve à intégrer les rangs des prétendantes à la couronne, elle découvre un monde où, en coulisse, tous les coups bas sont permis.

Entre mauvais tours, chantages et duperies, elle et le Dr Clement Ryder doivent rapidement repérer le tueur, avant que l’événement devienne une course mortelle pour remporter le prix...

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Meurtre en coulisse de Faith Martin
Titre original : Ryder & Loveday Mystery #3: A Fatal Flaw
Traduit par Alexandra Herscovici-Schiller
Éditions HarperCollins (Noir), 2020 - 285 pages - 14,90€
Fait partie de la saga Loveday-Ryder : tome 1 - tome 2


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 : Mission d'infiltration pour Trudy ! 
Quelques apartés sur l'assassin et ses motivations.
Trudy & Clement, un duo qui fonctionne.


Merci aux Éditions HarperCollins pour cette lecture. Lire un cosy crime s'apparente à un moment cocooning. Nous y retrouvons une ambiance propre à la saga, des personnages auxquels nous sommes attachés et dont la vie personnelle nous est dévoilée davantage au fil des tomes. Bien sûr, il y a le côté policier qui se mêle à cela.

Grace, une ancienne camarade de classe de Trudy vient lui demander de l'aide. Elle doute qu'une jeune femme de sa connaissance se soit réellement suicidée. Trudy part en mission d'infiltration ; la voilà désormais candidate au concours de beauté auquel participait la défunte ! Pour l'épauler, Clement Ryder intègre le jury.

J'aime beaucoup les couvertures françaises.


Une bonne enquête, avec les petites manigances de chacune pour se mettre en avant et les quelques apartés qui nous placent auprès de l'assassin. J'avais une appréhension sachant que la majeure partie de l'histoire parle d'un concours de beauté... Au final, les personnages apportent des avis divergents sur ce genre de spectacle, ce que j'ai apprécié. Même si ce n'est pas mon sujet favori.

Trudy est un personnage qui respire la gentillesse. Qui apprend à s'imposer de mieux en mieux face à des collègues masculins peu enclin à lui laisser une place (cela se fait petit à petit). Qui s'est attachée à Ryder et voit en lui un ami. Ce qui la pousse à prendre une décision qui pourrait être lourde de conséquences pour elleux... Curieuse de voir comment les choses vont évoluer par la suite !


En quelques mots...
1960 | Angleterre | Agent de police stagiaire | Coroner | Concours de beauté | Enquête

Coupable[s]

20 janv. 2021




HAÏTI. 12 janvier 2010 - 16 h 50. Le pays est frappé par le plus meurtrier tremblement de terre de son histoire. L'aide humanitaire afflue de partout.

PARIS. Aujourd'hui. Quatre personnes sont retrouvées sauvagement assassinées. Toutes sont liées à un projet baptisé « Kenscoff ». Un cinquième individu est recherché. Pour prêter main-forte à la Brigade criminelle dans cette enquête particulière, un jeune policier rejoint l'équipe. Haïti, il connaît bien. Il y est né.

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Coupable[s] de Samuel Sutra
Éditions Flamant noir, 2018 - lu en eBook - 5,99€


: On soupçonne assez vite certaines choses.

 : Ambiance réussie. Écriture efficace.
Si tout n'est pas surprenant, la manière d'arriver au final vaut le détour.
La couverture dégage vraiment quelque chose.


Si je ne me trompe pas, cet ebook est arrivé dans ma pile à lire durant un des confinements de l'année dernière... Étant assez friande de thriller/polar, la couverture et le résumé ont très vite attiré mon attention.

Jean-Raphaël Deschanel, jeune lieutenant à la Sécurité intérieure, est appelé en renfort à la Crim', au 36 quai des Orfèvres. Son rêve. Quatre meurtres et un lien fait avec Haïti. Si les rites vaudous sont évoqués, Jean-Raphaël semble avoir une idée sur ce qui se trame, sans pour autant partager ce qu'il sait avec ses collègues...

Coupable[s] est un court polar, qui ne manque de rien. L'écriture de Samuel Sutra a vraiment un truc, probablement reconnaissable dans ses autres écrits également. Si, finalement, certaines choses se sont révélées être telles que je le soupçonnais, l'auteur a réussi à me faire douter de mes convictions à plus d'une reprise. Tout repose dans la manière d'arriver au grand final. Nous remontons le temps via certains chapitres, quand d'autres nous font avancer dans l'enquête. Cela pose bien l'ambiance et le décor, entre Haïti et Paris.


En quelques mots...
Kenscoff | Paris | Crim' | Psychologue | Vengeance


Avertissement (TW) :
cadavre mutilé

Elle est le vent furieux

18 janv. 2021

« La voix de Dame Nature chuintait comme le vent dans un arbre creux.
- Ils ne méritent pas les beautés que je leur offre. Il est temps qu’ils goûtent à ma fureur.
- Bien ma Dame, il sera fait selon vos ordres. »

Six autrices prêtent leur voix à la Nature.

Sophie Adriansen . Monkey Palace - La revanche des singes
Marie Alhinho . Sauvée des eaux
Marie Pavlenko . Naître avec le printemps, mourir avec les roses
Coline Pierré . Nos corps végétaux
Cindy Van Wilder . Extinction Games
Flore Vesco . Le récit recyclé

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Elle est le vent furieux
Sophie Adriansen, Marie Alhinho, Marie Pavlenko,
Coline Pierré, Cindy Van Wilder, Flore Vesco
Éditions Flammarion, 2021 - 320 pages - 15€


: /

 : Chaque histoire nous exhorte à prendre conscience de notre environnement.
Un thème commun et six autrices qui en parlent avec leur univers bien à elles.
La biographie collective des autrices, à la fin.


Merci aux Éditions Flammarion pour cette lecture. Elle est le vent furieux est un recueil autour de la Nature. Six histoires, écrites par des autrices françaises et belge, c'est pas beau ça ? J'avais déjà eu l'occasion de lire Marie Pavlenko, Coline Pierré, Cindy Van Wilder et Flore Vesco. Ce fut un plaisir de les retrouver derrière ce thème. Et la curiosité était là de découvrir les plumes de Sophie Adriansen et de Marie Alhinho !

Une courte nouvelle ; Qui sème le vent Colère de Marie Pavlenko (précédemment paru dans le magazine Bifrost), introduit les histoires suivantes. Dame Nature est décidée à rendre la monnaie de sa pièce à l'humanité ! Une première impulsion originale pour parler, ensuite, d'incivilité, de pollution, de réchauffement climatique, etc. Un potentiel avenir proche et parfois pas très folichon. Une sorte de science-fiction contemporaine.

Six histoires principales proposées (et deux plus courtes, de Marie Pavlenko, qui les encadrent, servant d'introduction et de conclusion au tout)... D'une invasion de singes en Indonésie aux éléments qui se déchaînent, les autrices sèment quelques graines, pour nous faire réagir. Chaque histoire nous exhorte à prendre conscience de notre environnement et de notre propre responsabilité, à agir, écouter, respecter.

"L'espoir plutôt que l'indifférence. 
L'action plutôt que la résignation. 
Le désir d'harmonie, de paix plutôt que la volonté de domination." 
Extinction Games de Cindy Van Wilder

Jolie surprise qui accompagnait le roman !

J'ai particulièrement aimé ce qui se dégage de Nos corps végétaux de Coline Pierré. Les prises de conscience des personnages, sur elleux-mêmes notamment. Il y a quelques beaux passages et messages. Naître avec le printemps, mourir avec les roses de Marie Pavlenko est l'histoire qui m'a sans doute le plus marqué. Puissant dans les événements qui s'enchaînent, flippant dans ceux qui se déchaînent. Si j'ai été moins sensible à la prose de Marie Alhinho dans Sauvée des eaux (je crois que l'histoire m'a paru moins "concrète"). il est agréable de trouver un récit en vers libre dans ce recueil. Enfin, Le récit recyclé démontre une fois de plus l'originalité de l'écriture de Flore Vesco.




En quelques mots...
Recueil | Faune et flore | Dame Nature | Humanité | Responsabilité | Espoir

Kinderzimmer

16 janv. 2021




En 1944, le camp de concentration de Ravensbrück compte plus de quarante mille détenues. Dans les baraquements, chaque femme doit trouver l'énergie de survivre, au plus profond d'elle-même, puiser quotidiennement la force d'imaginer demain. Quand elle arrive là, Mila a vingt ans. Elle est enceinte mais elle ne sait pas si ça compte, si elle porte une vie ou sa propre condamnation à mort.

Sur ce lieu de destruction, comme une anomalie, une impossibilité ; la kinderzimmer, une pièce dévolue aux nourrissons, un point de lumière dans les ténèbres.


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Kinderzimmer de Valentine Goby
Éditions Babel, 2015 - 224 pages - 7,80€


: L'écriture m'a posé problème pendant une bonne partie de la lecture.

 : La manière directe que l'autrice a choisie pour nous parler du quotidien dans les camps.
Au final, beaucoup d'émotion pour l'histoire de Mila, celle de toutes ces femmes.


Après Les indésirables (roman graphique de Kiku Hughes, chez Rue de Sèvres, parlant du sort des nippo-américain.e.s durant la Seconde Guerre mondiale), je reste à la même époque, mais sous un angle différent.

 Kinderzimmer est l'histoire de Suzanne. Oh, retrouver Mila, qui n'avait pas de mémoire. Mila, pur présent. Elle revient sur celle qu'elle était en 44, jeune femme enceinte, emprisonnée, déportée au camp de Ravensbrück. Jeune Mila, alors, qui prend conscience des faits au fil des jours. Jeune Mila qui n'a pas encore le recul qui lui permettra de nommer ces difficiles étapes de sa vie. Jeune Mila qui va devoir mettre au monde un enfant ici...
"Pour Mila rien n'a de nom encore. Des mots existent, qu'elle ignore, des verbes, des substantifs pour tout, chaque activité, chaque fonction, chaque lieu, chaque personnel du camp. [...] Une langue qui nomme, quadrille une réalité inconcevable hors d'elle-même, hors du camp, on traque chaque recoin comme un faisceau de torche. C'est la langue concentrationnaire, reconnaissable de Ravensbrück à Auschwitz, à Torgau, Zwodau, Rechlin, Petit Königsberg, sur tout le territoire du Reich. Nommer, ça va venir, ça vient pour toutes. Le camp est une langue."
Les phrases s'enchaînent et forment souvent un "bloc" (ce terme, en particulier, qui m'est venu très vite en tête, fait écho à une phrase dite par Suzanne à la fin ; la vérité est un bloc). Certes, ça ne rend pas la lecture toujours très facile, mais j'ai apprécié le lien fait entre le fond et la forme. Quand je dis que ça ne rend pas la lecture aisée, c'est au point que j'ai envisagé d'abandonner le livre tant j'ai eu du mal avec l'écriture...
"C'est trop de coups à la fois : les hurlements, les chiens, la nudité, les poux, la faim, la soif, les sélections pour la mort, les balles dans la nuque, le Revier, les empoisonnements, le travail qui tue, les lapins, la grossesse, les bébés invisibles, chaque révélation fait surgir de nouvelles questions qui étendent le champ de l'ignorance, de la terreur, et Mila sent bien que les coups vont pleuvoir encore."
La reconstitution de l'époque, de la vie au camp, semble grouillante de véracité - et de ce fait, également très anxiogène. Ces va-et-vient, cette incertitude permanente, les infâmes conditions de vie, les quelques actes de résistance et de soutien entre prisonnières, les maladies, le peu de nouvelles de l'extérieur, etc.
"À Ravensbrück l'Allemagne a droit de vie et de mort sur toutes choses. Et aussi, et contre ça tu ne peux pas lutter à coups de mitraille et de phosphore, il y a : la maladie, le froid coupant, la faim. Une guerre dans la guerre." 
Bref, le style d'écriture a du caractère et fait écho à ce qui est raconté, mais il m'a aussi donné du fil à retordre et l'envie de lâcher le roman. Alors, je n'en ressors pas entièrement convaincue. Mais, indéniablement, avec l'histoire de Mila, et de tant d'autres femmes, hommes, enfants, bien en tête... Une lecture marquante.


 En quelques mots...
Seconde Guerre mondiale | Camp de concentration | Quotidien | Ignorance | Survie